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19/10/2012

Le rachat d'or, un business en plein essor

L’or représente traditionnellement la richesse, mais prend un sens très différent dans les pays en crise de la zone euro.

 

L'instabilité économique mondiale que nous vivons a eu une conséquence. L’or s’est régulièrement valorisé ces dernières années, et a donné naissance à une industrie en plein essor : l'entreprise de rachat d’or. Depuis le début de la crise financière en 2008, les entreprises qui offrent de l'argent contre des bijoux en or se sont avérées populaires auprès d’une certaine partie de la population. Beaucoup ont cherché à tirer parti des prix records de l’or – avec un record de 1910 US $ l'once en août 2011 – en échangeant leurs bijoux en or contre de l'argent pour financer d'autres achats. Toutefois, ce business florissant est en train de prendre une tout autre tournure, bien plus désespérée, car l'incertitude économique persistante et les mesures d'austérité douloureuses prennent au passage leurs dimes sur les peuples d'Europe du Sud. La santé de l’industrie du "rachat d’or" est à mon sens un très bon indicateur du niveau réel de difficultés pour vivre dans ces pays.

En Espagne, en Grèce et au Portugal, des femmes au foyer, des retraités apportent leurs cadeaux de baptême (dans ces pays c’était souvent la tradition d’offrir une gourmette ou une médaille en or a cette occasion), leurs alliances, et même des dents en or. Mais le but maintenant est de joindre les deux bouts. En Italie, le nombre de boutiques de rachat d’or a quadruplé au cours des deux dernières années pour atteindre les 28.000 points de vente. Cette industrie, selon la guilde des travailleurs d'or italien (ANOPO), représente officiellement 14 milliards d’Euros. L'or est en effet devenu l'une des exportations les plus dynamiques de l'Italie ; selon un rapport de Reuters, les exportations officielles d’or d'Italie vers la Suisse ont bondi de 65 % en 2011, passant à 120 tonnes, un chiffre à comparer avec les 73 tonnes d’or de l'année précédente, et des 64 tonnes de 2009. De plus, au moins 50 % de ces magasins sont soupçonnés d'être contrôlés par la mafia…

En Espagne, le nombre d’entreprises de rachat d’or dans la région de l'Andalousie, dans le sud de l'Espagne, a triplé pour atteindre environ 500 établissements en 2010, puis 1 300 en 2011, tandis que la Grèce a vu une augmentation de 90 % des sociétés de Prêt sur gages. En général ces boutiques n’avancent de l’argent que contre des bijoux en or. Partout dans ces pays, il est compliqué de ne pas croiser dans les principales rues commerçantes non pas un ou deux établissements, mais plusieurs, puisque la majorité des bijouteries se sont elles aussi reconverties, faute de client.

Un développement également en Europe du Nord

Au  Royaume-Uni, on assiste également à une prolifération de ces entreprises, y compris temporaires, généralement des stands dans dans les centres commerciaux, la création de plusieurs sites Web de rachat d’or et même des "parties", inspirées des "parties Tupperware", mais l’objectif est la aussi de vendre son or au plus offrant. Même Tesco, l’un des principaux groupes de distribution s’est invité au banquet en lançant son service Gold Exchange (Tesco Gold Exchange - Ramsdens) début 2010.

Telle est la force de l'or comme valeur refuge, et bien qu'il soit louable que  des entrepreneurs soit en mesure de trouver de telle opportunité en ces  temps de crise, je vois un certain coté lugubre à profiter de la misère des autres. Au Royaume-Uni, il y a eu des plaintes concernant les consommateurs qui se font fait flouer  par certaines entreprises, peu  transparente sur les conditions de rachat de l’or, et proposant  une offre largement  inférieure à la valeur réelle des objets en or. Rien de plus normal me direz vous, car ces entreprises doivent  également gagner de l’argent et donc réaliser un bénéfice. Mais selon une étude menée pour l'organisation britannique des consommateurs which.co.uk (L’équivalent de "60 millions de consommateur"), l’on  ne  propose  qu’une offre moyenne de seulement 6 % de la valeur de l’or.

 

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