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20/10/2012

l’arnaque aux pièces d’or.

Un tres bon article de Rue 89. Source: www.rue89.com

Et vous, vous a t'on deja vendu du faux or?

J’ai été victime de l’arnaque aux pièces d’or.

 

Des pièces d’or (en chocolat) (Stevendepolo/Flickr/CC)

Pour éviter que d’autres vivent le même cauchemar, je trouve nécessaire de partager la mésaventure qui m’est arrivée récemment à Paris.

Tout a commencé par la lecture des deux derniers livres de Pierre Jovanovic, « 777 » et « Blythe Masters ». Ses analyses sont d’une pertinence remarquable et pas mal de mes certitudes sur l’ordre apparent du monde ont ainsi vacillé.

Je fais alors des recherches sur Internet et découvre moult sites ou blogs traitant de sujets analogues. Finalement tout ceci m’amène à décider d’investir dans des pièces d’or.

Paré pour affronter l’effondrement financier

Making of

Robin F. préfère témoigner anonymement, « quand on a à faire avec ce genre d’escrocs, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. »

Il a porté plainte contre X pour escroquerie.

Alors comment acheter de l’or sans risquer de me faire avoir (je n’y connait rien du tout) ? Comme je trouve plein d’articles parlant de fausses pièces et qui m’inquiètent, j’approfondis mes recherches, rassemble de multiples documents et photos, apprends les trucs pour tester les pièces, et j’achète tout le matériel : livres, balance de précision, pierre de touche et réactifs, loupe, etc.

Me sentant désormais prêt, je furète sur les sites de vente en ligne et de petites annonces. Renonçant à la vente à distance – trop risquée – je retiens quelques petites annonces me paraissant sérieuses. Finalement, je fais des achats à hauteur de mon budget auprès de trois vendeurs (deux particuliers et un revendeur que l’on m’avait recommandé). Le prix était légèrement au-dessus du cours international et en-dessous du cours Cpror. Toutes mes économies y passent : me voilà paré pour affronter l’effondrement financier inéluctable.

Quelques jours plus tard, au cours d’une conversation avec des amis sur ce sujet, je leur montre mes pièces, tout fier. Mais une amie qui travaille dans une banque émet de forts doutes sur un des trois lots. Mon sang se glace : cela représente les deux tiers de mes économies ! Et si je me suis fait arnaquer malgré toutes mes précautions ? Elle me conseille de faire expertiser mes pièces et me recommande une officine spécialisée sur Paris.

J’ai perdu quelques milliers d’euros

Cette nuit-là, impossible de dormir ! Et si j’ai tout perdu ? Je repense sans cesse l’achat du lot en question (des 20 francs or Napoléon tête laurée) dans un café proche de la Bourse. Je revois la tête du vendeur qui m’avait paru fort sympathique : un gars avec l’accent du sud, vers la soixantaine et qui ressemblait à un acteur américain. Un type très avenant et à qui on aurait fait toute confiance.

Dès le lendemain, j’amène mes trois lots à l’officine. Mon inquiétude grandit au fur à mesure que l’expert examine les pièces, et quand à la fin il m’annonce que tout le lot suspect est bien faux, je me décompose sur place. Pourtant, j’avais fait tous les tests ; je ne comprends pas. Il me dit que c’est des contrefaçons de très bonne facture, et que n’importe quel débutant s’y serait laissé prendre. Je suis totalement effondré. Anéanti.

J’ai perdu quelques milliers d’euros.

Heureusement, les petits lots achetés aux deux autres vendeurs sont bons. Ouf, un tiers de mes économies est sauvé. Puis nous discutons un long moment et il m’explique plein de choses, que je vais vous résumer.

Une aubaine pour les faussaires

Depuis quelques années, la conjoncture de crise financière a engendré une certaine inquiétude chez le grand public et la demande pour les investissements en métaux précieux a fortement augmenté. Le phénomène a été renforcé par la blogosphère où certains blogueurs hyperactifs attisent les braises sous le vent de la crise. Or, lorsque la demande explose, la clientèle s’élargit : il arrive donc sur le marché plein d’acheteurs potentiels qui n’y connaissent souvent rien.

Pour payer moins cher et éviter les taxes et les formalités, le marché parallèle est très attrayant. Pourtant, il est fort risqué de s’y aventurer sans expérience, car c’est une aubaine pour les faussaires qui profitent de ce juteux marché en expansion, face à tous ceux qui arrivent sans avoir les moyens de détecter les arnaques.

En fait, depuis toujours les pièces d’or ont attiré les faussaires et quasiment toutes les pièces françaises ont été contrefaites. Il y a eu des faux plus ou moins réussis selon les époques, mais aujourd’hui les techniques modernes sont très performantes et permettent de produire des contrefaçons d’une excellente facture. Et alors qu’il y a peu de chance d’en retrouver chez les revendeurs officiels, elles sont très fréquentes sur le marché parallèle.

Les différents types de contrefaçons

On trouve quatre types principaux de contrefaçons. Les plus souvent détectées ces dernières années appartiennent aux deux dernières catégories.

  • pièces en métal quelconque plaqué or. Faux souvent anciens, faciles à identifier au poids ;
  • pièces en or au bon titre, mais qui ne sont pas d’origine. La gravure ou la frappe sont imparfaites ou ont des erreurs. Faux souvent anciens, au bon poids, mais faciles à identifier à l’observation ;
  • pièces en or avec un titre inférieur. Faux anciens et modernes, au bon poids, mais relativement faciles à détecter à l’observation et la touche ;
  • pièces fourrées au tungstène, comme pour les lingots. Faux modernes, au bon poids et bon titre : les plus difficiles à détecter.

Pour mémoire, les titres officiels de l’or sont : 24 carats (999/1000 d’or pur), 22 carats (917/1000), 20 carats (833/1000), 18 carats (750/1000). Il existe le titre 800/1000 (19,2 carats) au Portugal, et 900/1000 correspond à 21,6 carats.

Pour la troisième catégorie (pièces d’or avec un titre inférieur), prenons les pièces françaises à 900/1000. Tester la pièce avec un acide 20-24 k tout fait et une seule trace sur la pierre de touche, ne permet pas forcément de détecter les faux. Comme cet acide est calibré pour 833, une pièce de ce titre passera le test avec succès, mais elle contiendra en réalité moins d’or que la 900.

Pour contourner ce problème, il faut toujours faire une touche comparative : on réalise deux traces sur la pierre, une avec la pièce à tester, l’autre avec un touchau au titre choisi (900/1000, soit 22 k). Si le titre de la pièce testée est inférieur, l’acide dissoudra plus cette trace et la couleur disparaitra un peu plus que sur celle de référence.

Un test complémentaire très utile est celui de la sonorité. Une pièce d’or authentique a un timbre spécifique, et le son d’une avec moins d’or (et plus de cuivre, tungstène, etc.) sera différent. Ainsi, en faisant sonner les pièces, on peut arriver par comparaison à détecter les contrefaçons. Cela demande néanmoins une grande habitude.

Les contrefaçons de la quatrième catégorie sont techniquement très élaborées et si bien faites que les tests classiques ne sont pas suffisants. En effet, le titre est souvent bon et comme le tungstène a la même densité que
l’or, le poids est respecté.

Il y a quelques décennies, ce type de fraude ne concernait que les lingots. Puis, la technique s’est perfectionnée et apparut sur les grosses pièces de 20 à 24 carats comme les 100 FF. Mais aujourd’hui même les petites
pièces comme les 20 FF sont concernées. Pour les lingots, un bloc de tungstène est enrobé de quelques mm d’or au bon titre : ces faux contiennent au final moins de 10 % d’or. Et dans les petits fourrés avec des barres de tungstène, la quantité d’or ne dépasse pas 40 %. Pour les pièces, une fine pastille de tungstène de quelques dixièmes de mm d’épaisseur est insérée entre deux couches d’or au bon titre : elles contiennent souvent moins de 50% d’or. Un vrai jackpot pour les trafiquants !

Ici aussi, le test de la sonorité peut attirer l’attention. Mais un seul test permet vraiment de détecter les faux : la résistivité électrique au moyen d’un micro-ohmmètre de précision. Cela fonctionne avec les lingots et les pièces de 20 à 24 K : comme chaque métal a une résistivité spécifique, on utilise des abaques selon les différents mélanges métalliques utilisés en fonderie. Et ce test est imparable. Ouf.

Doutes sur les pièces brillantes

Pour revenir aux pièces qu’on m’a refilées (voir la photo ci-dessous), ces Napoléons tête laurée sont des contrefaçons récentes : elles ont l’apparence de pièces neuves avec un aspect très brillant, ont un son aigu, sont très rouges, et le poids est bon.

Mais si on en observe plusieurs, côte à côte, à la loupe, on remarque que des traces d’usure et des marques se retrouvent à l’identique sur toutes les pièces : la pommette, l’arcade, la moustache, le bord des feuilles, les nœuds de la draperie, le haut des sceptres et la couronne. A l’évidence, la copie a été faite à partir d’une pièce usagée.

Enfin, elles ont un titre inférieur, mais je ne sais pas si elles ont une pastille de tungstène, car il n’a pas fait le test.


Faux Napoléon de Robin (Robin F.)

Il faut savoir que le temps qui passe mate tout métal et la pièce perd naturellement son brillant d’origine. En fait il n’existe que de rares exemplaires de ces pièces frappées il y a plusieurs décennies qui ont conservé un aspect d’origine exempt d’usure. Elles valent une fortune et ne se retrouvent pas sur le marché. Donc, que des pièces aussi anciennes soit si brillantes et que les traces d’usure soient identiques d’une pièce à l’autre, ça suffit pour immédiatement les identifier comme des contrefaçons.

Selon ses dires, tous les modèles de pièces françaises en or de 20 à 100 FF ont été copiés dans cette fabrication moderne. On retrouve ainsi des Louis, Napoléons, Cérès, Génies, Mariannes, etc.

A l’officine, en ce moment, la demande est très forte : les pièces d’or se vendent comme des petits pains. Il leur est difficile de tenir du stock, et il y a souvent des délais pour s’approvisionner. Il faut donc se méfier des revendeurs qui peuvent facilement fournir, ce qui pose tout de suite question sur la provenance des pièces.

Il semblerait que des réseaux soient structurés entre Paris et quelques grandes villes de province : les revendeurs écouleraient aussi bien des recels de cambriolages que des contrefaçons modernes provenant probablement de Chine. Ils s’appuieraient sur des sites Internet d’enchères et de petites annonces, et certains blogs serviraient de relais pour trouver le client.

Puis la technique est connue : on rassure le chaland avec un premier lot de pièces authentiques, puis une fois que la confiance s’est installée et que l’acheteur demande des quantités plus importantes, on fourgue les contrefaçons. Et si on n’est pas connaisseur ou si la méfiance se relâche, on peut facilement se faire avoir, au premier achat ou aux suivants.

Je ne m’en suis pas encore remis

Dès que je suis sorti de l’officine, je suis allé porter plainte : j’espère que je pourrai récupérer mon argent un jour. Moi qui pensais m’être correctement informé avant d’acheter, je me suis bien fait avoir. D’ailleurs je ne m’en suis pas encore totalement remis.

En tout cas, ça m’a servi de leçon, et la prochaine fois je n’achèterai que dans mon officine, même si c’est légèrement plus cher, surtout si ça m’évite de me faire arnaquer. Je ne saurais trop recommander à tous ceux qui ont acheté des pièces sur le marché parallèle ces derniers mois, de les faire examiner par un spécialiste.

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