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14/06/2017

Rites de passage, ou comment «resacraliser» certaines étapes de la vie .

Dans notre société égalitariste, une bonne partie des épreuves initiatiques et des rites de passage qui jalonnaient notre enfance et notre adolescence, sont tombés en désuétude. Pour autant, la confrontation au risque, indispensable pour bien grandir, n'a pas disparu. Seule différence avec autrefois : les adolescents, de plus en plus «libres» – autrement dit livrés à eux-mêmes –, s'inventent leurs propres rituels, hors contrôle parental et sociétal.

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Pour devenir un homme dans les sociétés archaïques, il fallait boire un verre de sang, marcher sur les braises, ou chasser le tigre blanc.

Autrement dit, sacrifier aux fameux «rites de passage» qui structuraient le temps, le psychisme de l'adolescent et l'encourageaient à grandir. Il n'y a pas si longtemps encore, le service militaire, la communion solennelle assuraient cette mission. Mais aujourd'hui, exit ledit rituel : entre 12 et 25 ans – ce «brouillard» d'une adolescence interminable.

les jeunes grandissent sans caps ni épreuves à franchir.

Alors, tous semblables ?

L'utopie égalitariste, «née, au départ, avec de louables intentions de défendre les mêmes droits pour tous», est descendue dans la famille. Tout se passe comme si, aujourd'hui, nous devions tous, quel que soit notre âge, porter un string, arborer un piercing, passer par la chirurgie esthétique... Et au fond avoir tous 14 ans !

Cette fameuse philosophie de l'égalité est nocive car elle attribue les mêmes prérogatives aux individus, qu'ils aient douze ou trente ans, sans aucun rituel de passage pour leur permettre d'évoluer et de grandir. Privés de repères, les ados ressemblent à des bateaux perdus dans l'océan. Ils n'ont aucune balise. On leur dit : «Débrouille-toi, tu es libre, fais ce que tu veux.» Donc c'est à eux de tout inventer.» Spécialement ces épreuves «à risque», qui agissent comme des jalons temporels et permettent de se dépasser.

Le corps devient alors une vaste scène de théâtre, sur laquelle ils vont expérimenter leurs propres limites:  Scarifications, piercings sur la langue et au nombril, implants divers et variés sous la peau... Ces nouveaux rituels sont maintenant organisés hors cadre, hors le regard parental qui contrôle, encourage ou interdit. Idem pour les fameuses «conduites à risques», qui se multiplient aujourd'hui dès le début des années collège, il semble que la consommation de Cannabis et d'alcool est en hausse, de même que les rodéos en voiture, voire les parties de Poker entre copains sont certainement de nouvelles épreuves inventées par nos ados. Sauf qu'elles n'ont aucune vocation initiatique, aucune signification. Elles tournent à vide.

Là encore privés des regards adultes, ces jeux tournent parfois à la catastrophe.

Internet est parfois plus sur que la chambre du copain de votre fils, la plupart des sites de jeux de poker ont installés des gardes fous numérique, comme sur celui-ci, mais il est beaucoup plus facile de trouver du Cannabis ou de ecstasy en France qu'il y 20 ans, d’où un risque accrus. Et ceux à qui ces passages auront été refusés se trouveront seuls des seuils à franchir. Ils iront encore plus loin, exploreront toute forme de danger (la nouvelle tendance au «bare sex», sexualité sans préservatif, en fait partie). Car, en narguant la mort, il s'agit d'abord pour l'ado, comme le soulignait le psychanalyste Pierre Legendre, de «renaître une seconde fois, naître à ce qui le dépasse, lui et ses parents». Naître donc aux institutions, à la société, à l'Universel. A ce qui nous définit comme hommes et citoyens.

Chez nous aussi, quelques initiatives fleurissent.

dans les collèges, on commence à entraîner les enfants à pratiquer l'escalade, à tester des sports de l'extrême Tout cela est très positif, pourvu que ces pratiques soient reconnues et encadrées par des professionnels. Même le bizutage, souvent vilipendé, serait souhaitable... A condition, bien entendu, qu'il exclue toute pratique sadique.

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