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19/10/2013

SOINS Le peeling, un phénomène décapant.


Abraser sa peau est la nouvelle manie des beauty-addicts qui n'ont qu'une idée en tête : la rendre le plus lisse possible. Le peeling s'effectuait jusque-là essentiellement chez le dermato mais on peut désormais s'y adonner chez soi, seule face à son miroir. Cette nouvelle manie est née au début des années 2000, aux Etats-Unis. A la demande d'une clientèle aisée, une poignée de dermatologues (les docteurs Murad, Brandt, Perricone) développent alors une cosmétique inspirée des techniques de rajeunissement en cabinet (resurfaçage laser, microdermabrasion, peeling, etc). Des noms, aux molécules actives, jusqu'aux protocoles, tout est récupéré et adapté pour l'usage à domicile. Et les médecins se transforment en boutiquiers, sans que personne n'y trouve à redire : les Américaines réclament une efficacité immédiate et visible que seuls ces produits sont en mesure d'apporter. Il est vrai qu'outre-Atlantique, on a une perception de la peau un peu différente de la nôtre. Les femmes la considèrent comme une «surface» qui peut tout subir ou presque du moment qu'il s'agit de l'embellir, alors que les Européennes la voient comme un organe sensible. Bref, en quelques années, la «cosmé ceutique» (qui célèbre le mariage entre le cosmétique et le médicament) explose et le Vieux Continent se laisse aussi séduire. Après la folie des crèmes «Botox» il y a quelques mois, place donc au nouveau geste : «l'abrasion», proposée par les marques cosmétiques en deux versions, mécanique et chimique, comme chez le dermatologue. L'idée est séduisante pour un résultat somme toute convaincant. Mais bien qu'efficaces, ces produits ne remplacent pas les traitements médicaux. Pour véritablement rajeunir, gommer rides, taches pigmentaires ou cicatrices d'acné, c'est toujours chez le médecin que ça se passe. Comment s'y retrouver, quelle technique choisir et à quel âge ? Le point sur ce que propose le dermato et sur les méthodes douces à appliquer chez soi.



Malgré des crèmes toujours plus efficaces, c'est par un médecin qu'il faut passer pour véritablement rajeunir, gommer rides, taches pigmentaires ou cicatrices d'acné.
 

L'abrasion médicale : une méthode sous contrôle
De tout temps, les femmes ont utilisé des substances abrasives pour faire peler leur peau. Sous l'Antiquité, elles recouraient à la poudre d'albâtre ou de chaux, au sel, à la moutarde, au soufre, aux jus de fruits, voire à l'urine. Sans oublier les célèbres bains de lait d'ânesse que prenait Cléopâtre. L'objectif ? Forcer la peau à se régénérer pour la rendre plus lisse, douce, exempte de tout défaut. Depuis, les techniques se sont nettement améliorées avec l'apparition des méthodes médico-chirurgicales comme le peeling chimique, la toile émeri, la meule abrasive ou le laser de resurfaçage... Tous agissent à des hauteurs différentes de la peau pour une régénération «à la carte». On est revenu des lasers, dont les suites, trop longues, décourageaient les patients. Aujourd'hui, le peeling chimique fait un retour fracassant, surtout depuis l'invention du «lunch peel», une abrasion si légère qu'elle peut se programmer à tout moment de la journée. Le point sur tout ce que les acides, appliquées par un dermatologue, peuvent offrir, et sur l'abrasion mécanique.


«Ponçage» chimique : le peeling


Les peelings superficiels. Ce sont les moins traumatisants pour la peau, puisqu'ils ne dépassent pas la limite de l'épiderme. Leur action «coup d'éclat» est fantastique, surtout sur le teint brouillé des fumeuses. Mais il faut prévoir plusieurs séances pour apprécier le changement. L'acide le plus couramment employé est le glycolique, extrait du sucre de canne, dosé entre 30 et 70%, qui déclenche l'exfoliation en coupant les liens entre les cellules cornées. Il possède aussi une action de stimulation du collagène et augmente la teneur en eau de la peau. Cependant, l'acide trichloracétique faiblement dosé, à 10 jusqu'à 15%, ou la solution de Jessner (mélange d'acides salicylique, lactique et de résorcine) donne des résultats supérieurs encore. Environ 100€ la séance.


Les peelings moyens. Ils détruisent la peau jusqu'à la partie supérieure du derme. L'acide de référence est l'acide trichloracétique à 25%, qui agit par «nécrose chimique». Puis, le tissu se répare à partir de la peau saine adjacente. Toutes les indications épidermiques et dermiques sont concernées : rides, relâchement cutané léger, hyperpigmentations, cicatrices superficielles, etc. Evidemment, il faut supporter une sensation de brûlure vive pendant quelques minutes qui peut être apaisée (si le médecin est attentionné) par le souffle d'un petit «ventilo» placé au-dessus du visage de la patiente. Sinon, on serre les dents... Un petit calmant est fortement recommandé aux émotives. Ensuite, la peau part en lambeaux et on n'est pas visible pendant une semaine. Environ 400€ la séance.


Les peelings profonds. L'acte est obligatoirement réalisé en clinique sous neurolept-analgésie, et une préparation de la peau (plus ou moins longue selon son type et la nature du peeling) est demandée au préalable. Elle permet une pénétration plus homogène du produit et met les mélanocytes au repos (le risque de rebond pigmentaire chez les peaux mates est ainsi limité). Le protocole prévoit une application de crèmes prescrites par le médecin, en général à base d'hydroquinone, d'hydrocortisone, et de vitamine A acide. Lors d'un peeling profond, l'acide (souvent du phénol atténué) pénètre jusqu'aux couches profondes du derme, liquéfiant entièrement l'épiderme sur son passage. Les suites sont corsées : le visage est caché par un pansement occlusif pendant 24 h (on doit s'alimenter à la paille). Puis, pendant les huit jours suivants, il est couvert d'une poudre antiseptique et cicatrisante jaune, ce qui donne un joli faciès lunaire. Pendant trois mois ensuite, la peau reste rose et l'on doit à tout prix se cacher du soleil. Mais l'effort en vaut la chandelle. Les tâches, les rides (même profondes), les cicatrices, tout disparaît ! Et on récolte en prime un magistral effet lift. La bonne indication : les peaux fines et parcheminées, victimes de l'abus de soleil. Environ de 2 500€ la séance.


«Ponçage» mécanique : la microdermabrasion


Cette méthode dérivée de l'ancienne dermabrasion à la meule a traumatisé plus d'une patiente dans les eighties. Maintenant, le procédé est nettement plus doux puisqu'il pulvérise sur la peau des microcristaux d'oxyde d'aluminium, ensuite aspirés avec les cellules mortes. Le décapage est plus ou moins profond selon l'intensité et la durée de l'opération. Cela dit, pour ne pas courir le risque de cicatrices pigmentées, les médecins dépassent rarement les couches superficielles de la peau. Du coup, si l'acte reste désagréable, il n'est pas réellement douloureux. On sent que ça abrase... Très en vogue dans les années 90, la méthode est aujourd'hui surtout pratiquée aux Etats-Unis, où elle est deuxième au classement des techniques anti-âge derrière les injections de toxine botulique. «En France, les dermatologues préfèrent les peelings chimiques, mieux maî trisés et à l'action plus complète», explique le Dr Bernard Peyronnet, dermatologue esthétique.

16/10/2013

Comment tu tchaches?

goudaillier-comment-tu-tchatches-1997-1.jpgPublié en 1997, par le professeur Jean-Pierre Goudaillier, Comment tu tchaches ?, ouvrage réédité en 2001.

 

Dès les premières lignes, j’étais surpris par l’appréciation émerveillée du professeur au Collège de France, Claude Hagège, sur le français marginal qui se parle, ou se parlait, au siècle dernier, dans les barres de logements sociaux autour de Paris :

 

« Manifestation linguistique d’une révolte, d’une culture des interstices ou d’une fracture sociale souvent profonde. C’est un français remarquable qui s’entend aujourd’hui dans les cités. »


Qu’avait voulu dire le maître éminent, il y a sept ans, soit en pleine mode des cités à la suite du film La Haine, par les mots culture des interstices ?

C’est très curieux comme formule. Interstices de quoi ?... Le terme désigne un « très petit vide entre les parties d’un corps ou différents corps. Les interstices des rideaux laissent passer le jour », dit Le Robert. Les interstices sont des fentes, de petites fentes, mais la « culture des fentes » pourrait faire jaser...ne laissons point notre imagination voguer, nul message d'amour fleuri dirigé a la gent féminine de nos banlieues...

L’interstice ainsi suggéré fait référence à la « fracture » lancée par le président de la République en 1995. S’il y a fracture, il se crée forcément des interstices entre les morceaux disjoints. On peut donc comprendre que la langue des banlieues un argot nourri d’anglais de la drogue et de langues africaines fleurisse aux points de frottement entre les cultures arabe, française, wolof, américaine, comme l’herbe pousse entre les pavés.

A la rigueur, cela se tient.

Mais de là à écrire : "C’est un français assez remarquable qui s’entend aujourd’hui dans les cités" Ah bon ? Vous trouvez ?


Certes, ce français se remarque, surtout quand les médias se chargent d’en faire la propagande sans qu’on ait besoin d’aller voir et entendre soi-même ce qu’il en est vraiment sur les trottoirs des fameuses barres. Mais est-il pour autant « remarquable » au sens où l’entend le professeur au Collège de France ? C’est-à-dire excellent parce que riche, expressif et efficace. Cela se discute dans la mesure où il est pratiqué par des jeunes gens qui ont à leur service entre trois cents et six cents mots pour tout dire, accompagnés par une série d’onomatopées pour loger les nuances, et soulignés par des gestes comme dans les dessins animés.

Et bien, là, réside la supercherie : ces mots violents, porteurs de sens différents, parfois contradictoires, qui désignent souvent des comportements tragiques et suicidaires, sont contemplés par des intellectuels au langage précis, châtié, pléthorique, lorsqu’ils s’entrecroisent en des lieux douillets où l’on tient la mort violente à distance respectueuse. L’argot des banlieues paraît à ces élites verbales comme des grains de poivre dans un bouillon, ils relèvent le goût. Fort bien ! Hélas ! ce qui manque aux locuteurs des cités, c’est justement le bouillon.

Ce qui crée l’illusion, c’est qu’un mot étrange répété à l’infini donne une impression de richesse tout à fait fausse, en réalité. Le ressassement mécanique d’une vingtaine de termes pittoresques jette de la poudre aux yeux en matière de prouesse verbale. Une enquête sérieuse montrerait, au contraire, que le français familier lui-même est en train de s’effacer des nouvelles générations dont le logos s’appauvrit bel et bien, quoi qu’on en dise, et de manière préoccupante. Je crains que la culture des interstices ne soit en fait celle des trous béants!