Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

19/10/2013

L'industrie de la chaussure marche à deux vitesses

D'un côté, la grosse production file de plus en plus en Asie, qui fabrique 9,6 millions de paires par an (77% de la production mondiale) De l'autre, les grandes marques et la créativité restent en Europe. Emboîtant le pas aux talons hauts et autres souliers féminins, la chaussure masculine dépasse désormais le statut de simple accessoire dans la stratégie des professionnels du prêt-à-porter haut de gamme. Elle fait dorénavant l'objet de collections à part entière qui séduisent les fidèles de chaque marque et attirent de potentiels aficionados. A défaut d'un costume, ceux qui s'offrent une paire de chaussures font en effet un premier pas dans l'univers de la griffe. Et sont susceptibles d'y revenir. Après Kenzo ou Paul Smith, Sonia Rykiel a ainsi lancé sa première ligne de chaussures pour homme lors de son dernier défilé. Une telle diversification des maisons de prêt-à-porter n'est pas sans conséquences pour les spécialistes traditionnels de la chaussure. Doublement concurrencés par les griffes de mode et par les professionnels asiatiques, les fabricants de modèles basiques, qui évoluent dans le bas-moyen de gamme, ont quasiment disparu. L'Europe ne réalise plus aujourd'hui que 6% de la production mondiale. Pour subsister, ses derniers bottiers (des entreprises souvent familiales) ont été obligés de se remettre en question. Dans les années 90, ceux d'entre eux qui n'étaient que des «producteurs» se sont engagés dans des stratégies de marque et ont lancé leur propre collection. Par ail leurs, la nouvelle configuration du marché a également stimulé leurs capacités de création. Sans renier leur histoire, ni renoncer à la qualité ou aux traditions bottières, ils peaufinent le style de leurs modèles et talonnent les dernières tendances. Zoom sur six d'entre eux. Frédéric Martin-Bernard


Santoni est née dans les Marches, berceau italien de la chaussure cousue de tradition. Créée en 1972, la marque d'Andrea Santoni s'est initialement fait un nom en sélectionnant les meilleurs cuirs européens, en soignant les finitions main et en inventant des patines subtiles nécessitant jusqu'à 48 heures de soin. Mais depuis quelques saisons, ses modèles se remarquent aussi par leur style plus contemporain et moins italo-italien. Effilés en lame de couteau, ils se dispensent de la large trépointe (bord piqué de la se melle signant une chaussure italienne) et adoptent des découpes revenant sur le cou-de-pied comme pour soutenir la voûte plantaire. En parallèle à l'ouverture d'une première boutique à Rome en 2004, son succès s'illustre aussi en France ou aux Etats-Unis avec des ventes en hausse de plus de 20% l'an passé.

Tél. 01.53.93.95.95.


Décontractées chics, les chaussures Paraboot sont reconnues pour leur intemporalité et leur solidité. Années 20, Remy Richard-Pontvert, cordonnier à Izeaux (Isère), voyage aux Etats-Unis. A son retour, il a l'idée d'associer le cuir au latex pour fabriquer des chaussures inusables inspirées des «boots» américaines. Le caoutchouc utilisé transitant par Para, au Brésil, il nomme ses godillots Paraboot et chausse rapidement tout ce que la région compte de travailleurs en plein air. Parmi les modèles d'époque, on trouve la fameuse Michaël à semelle vulcanisée, qui a fêté ses 60 ans l'an passé et reste toujours une valeur sûre pour le week-end. Depuis quelques saisons, les ateliers produisent également des modèles plus citadins sans jamais tourner les talons à la qualité, ni aux traditions d'assemblage façon Goodyear ou Norvégien. Fruits de cette stratégie, les ventes annuelles des 22 boutiques Paraboot en France progressent de 12% depuis deux ans. Une collection femme est également proposée et représente 40% de sa production annuelle culminant à 300 000 paires.


Tél. 01.45.49.24.26

Grâce à la complicité du designer Michel Perry, J. M. Weston caracole de nouveau en tête des tendances depuis 2001. Dernières créations : un richelieu Bagatelle avec un motif de rose perforé et un soulier Balmoral en box bicolore. Toutes deux adoptent une forme plus élancée que les classiques maison, tout en utilisant les techniques de tannage végétal des peaux et d'assemblage des semelles façon «goodyear», perpétuées dans les ateliers de Limoges depuis 1927. Au départ, les deux ou trois modèles annuels demandés à Perry avaient pour but d'attirer une clientèle plus jeune. Mais leur fidélité à l'esprit maison a séduit les clients de toujours qui les adoptèrent également. Aujourd'hui, J. M. Weston réalise 40% de ses ventes avec ces nouveaux classiques et enchaîne, depuis deux ans, les inaugurations de boutiques à Hongkong, Londres, Bruxelles, Zurich, Moscou ou encore Boston.

Tél. 01.45.62.26.47.


Cinq boutiques Heschung en France, des stands dans les grands magasins Saks et Barney's à New York, chez Isetan à Tokyo, un chiffre d'affaires en hausse de 8% et la fabrication de modèles pour Comme des garçons en 2004... Heschung récolte les fruits de sa stratégie de marque initiée en 1994. L'activité a débuté 60 ans plus tôt à Dettwiller (67), avec la fabrication de brodequins cousus norvégien ou Goodyear. La proximité du massif vosgien incite Eugène Heschung à s'orienter vers les chaussures de ski en cuir. Son fils reprend le flambeau dans les années 50 et vise la compétition en innovant sur les fixations et le confort. En 1968 aux JO de Grenoble comme à ceux de Sapporo quatre ans plus tard, la marque accompagne l'équipe de France sur les plus hautes marches du podium. Mais elle connaît des lendemains difficiles avec la démocratisation du plastique dans les chaussures de ski. La société revient à ses origines dans les années 80. Et finit par lancer, en 1994, sa propre collection de chaussures de ville. Boots en hiver, souliers lacés et mocassins en daim ultra-souple en été, les modèles sont de vrais nouveaux classiques, modernes dans les formes et inusables sur la durée.


Tél. 03.88.91.41.37


Les chaussures Premiata s'inspirent de la tradition italienne, modernité en plus. A Montegranaro dans les Marches, les Mazza perpétuaient le vieux savoir-faire depuis 130 ans. Mais, en 1990, lorsque le fils Graziano chausse pour la première fois des souliers maison pour faire plaisir à son père, il s'aperçoit que toute la collection est d'un classique à mourir. L'année suivante, il lance Premiata et cherche à se démarquer en style. Ses modèles se veulent plus effilés, sans trépointes, avec des découpes, perforations et surpiqûres empruntées aux chaussures british. Son père ferme les yeux sur sa créativité, mais se montre inflexible sur la qualité. Après six années de fabrication pour de grands noms comme Prada, père et fils décident de se consacrer exclusivement à leur collection. Depuis, les collections Premiata se démarquent par des peausseries de couleur, des effets de matières (vernie, craquelée, perforée) et des volumes effilés.


Tél. 01.53.59.91.32


Mocassins souples, souliers lacés, sandales à semelle peinte ou encore mules, les modèles d'été de Jean- Baptiste Rautureau jouent la carte mode. Depuis 1996, cette maison se démarque avec des partis pris de style proches de ceux des créateurs et ses ventes progressent de 10% par an depuis sa création. Chaque modèle est édité en petite série, à la Gaubretière (Vendée), où, depuis trois générations, les Rautureau font dans le soulier. En 1970, quand le père laisse les rênes de sa petite entreprise à ses deux fils, Yvon fraîchement diplômé en économie et Guy, formé au stylisme, décident de conjuguer leurs savoirs. Ils se lancent dans une politique de marque et créent Pom d'Api pour les enfants en 1975. Suivront Free Lance pour les femmes à l'affût des tendances, No Name pour les adolescents et Jean-Baptiste Rautureau, en hommage au grand-père fondateur. Pour cette dernière, Yvon et Guy expriment leurs passions personnelles pour le rock, la moto et les années 70 côté style, sans jamais oublier que le confort et la qualité d'une chaussure sont primordiaux pour un homme.

Tél. 01.45.49.95.83

SOINS Le peeling, un phénomène décapant.


Abraser sa peau est la nouvelle manie des beauty-addicts qui n'ont qu'une idée en tête : la rendre le plus lisse possible. Le peeling s'effectuait jusque-là essentiellement chez le dermato mais on peut désormais s'y adonner chez soi, seule face à son miroir. Cette nouvelle manie est née au début des années 2000, aux Etats-Unis. A la demande d'une clientèle aisée, une poignée de dermatologues (les docteurs Murad, Brandt, Perricone) développent alors une cosmétique inspirée des techniques de rajeunissement en cabinet (resurfaçage laser, microdermabrasion, peeling, etc). Des noms, aux molécules actives, jusqu'aux protocoles, tout est récupéré et adapté pour l'usage à domicile. Et les médecins se transforment en boutiquiers, sans que personne n'y trouve à redire : les Américaines réclament une efficacité immédiate et visible que seuls ces produits sont en mesure d'apporter. Il est vrai qu'outre-Atlantique, on a une perception de la peau un peu différente de la nôtre. Les femmes la considèrent comme une «surface» qui peut tout subir ou presque du moment qu'il s'agit de l'embellir, alors que les Européennes la voient comme un organe sensible. Bref, en quelques années, la «cosmé ceutique» (qui célèbre le mariage entre le cosmétique et le médicament) explose et le Vieux Continent se laisse aussi séduire. Après la folie des crèmes «Botox» il y a quelques mois, place donc au nouveau geste : «l'abrasion», proposée par les marques cosmétiques en deux versions, mécanique et chimique, comme chez le dermatologue. L'idée est séduisante pour un résultat somme toute convaincant. Mais bien qu'efficaces, ces produits ne remplacent pas les traitements médicaux. Pour véritablement rajeunir, gommer rides, taches pigmentaires ou cicatrices d'acné, c'est toujours chez le médecin que ça se passe. Comment s'y retrouver, quelle technique choisir et à quel âge ? Le point sur ce que propose le dermato et sur les méthodes douces à appliquer chez soi.



Malgré des crèmes toujours plus efficaces, c'est par un médecin qu'il faut passer pour véritablement rajeunir, gommer rides, taches pigmentaires ou cicatrices d'acné.
 

L'abrasion médicale : une méthode sous contrôle
De tout temps, les femmes ont utilisé des substances abrasives pour faire peler leur peau. Sous l'Antiquité, elles recouraient à la poudre d'albâtre ou de chaux, au sel, à la moutarde, au soufre, aux jus de fruits, voire à l'urine. Sans oublier les célèbres bains de lait d'ânesse que prenait Cléopâtre. L'objectif ? Forcer la peau à se régénérer pour la rendre plus lisse, douce, exempte de tout défaut. Depuis, les techniques se sont nettement améliorées avec l'apparition des méthodes médico-chirurgicales comme le peeling chimique, la toile émeri, la meule abrasive ou le laser de resurfaçage... Tous agissent à des hauteurs différentes de la peau pour une régénération «à la carte». On est revenu des lasers, dont les suites, trop longues, décourageaient les patients. Aujourd'hui, le peeling chimique fait un retour fracassant, surtout depuis l'invention du «lunch peel», une abrasion si légère qu'elle peut se programmer à tout moment de la journée. Le point sur tout ce que les acides, appliquées par un dermatologue, peuvent offrir, et sur l'abrasion mécanique.


«Ponçage» chimique : le peeling


Les peelings superficiels. Ce sont les moins traumatisants pour la peau, puisqu'ils ne dépassent pas la limite de l'épiderme. Leur action «coup d'éclat» est fantastique, surtout sur le teint brouillé des fumeuses. Mais il faut prévoir plusieurs séances pour apprécier le changement. L'acide le plus couramment employé est le glycolique, extrait du sucre de canne, dosé entre 30 et 70%, qui déclenche l'exfoliation en coupant les liens entre les cellules cornées. Il possède aussi une action de stimulation du collagène et augmente la teneur en eau de la peau. Cependant, l'acide trichloracétique faiblement dosé, à 10 jusqu'à 15%, ou la solution de Jessner (mélange d'acides salicylique, lactique et de résorcine) donne des résultats supérieurs encore. Environ 100€ la séance.


Les peelings moyens. Ils détruisent la peau jusqu'à la partie supérieure du derme. L'acide de référence est l'acide trichloracétique à 25%, qui agit par «nécrose chimique». Puis, le tissu se répare à partir de la peau saine adjacente. Toutes les indications épidermiques et dermiques sont concernées : rides, relâchement cutané léger, hyperpigmentations, cicatrices superficielles, etc. Evidemment, il faut supporter une sensation de brûlure vive pendant quelques minutes qui peut être apaisée (si le médecin est attentionné) par le souffle d'un petit «ventilo» placé au-dessus du visage de la patiente. Sinon, on serre les dents... Un petit calmant est fortement recommandé aux émotives. Ensuite, la peau part en lambeaux et on n'est pas visible pendant une semaine. Environ 400€ la séance.


Les peelings profonds. L'acte est obligatoirement réalisé en clinique sous neurolept-analgésie, et une préparation de la peau (plus ou moins longue selon son type et la nature du peeling) est demandée au préalable. Elle permet une pénétration plus homogène du produit et met les mélanocytes au repos (le risque de rebond pigmentaire chez les peaux mates est ainsi limité). Le protocole prévoit une application de crèmes prescrites par le médecin, en général à base d'hydroquinone, d'hydrocortisone, et de vitamine A acide. Lors d'un peeling profond, l'acide (souvent du phénol atténué) pénètre jusqu'aux couches profondes du derme, liquéfiant entièrement l'épiderme sur son passage. Les suites sont corsées : le visage est caché par un pansement occlusif pendant 24 h (on doit s'alimenter à la paille). Puis, pendant les huit jours suivants, il est couvert d'une poudre antiseptique et cicatrisante jaune, ce qui donne un joli faciès lunaire. Pendant trois mois ensuite, la peau reste rose et l'on doit à tout prix se cacher du soleil. Mais l'effort en vaut la chandelle. Les tâches, les rides (même profondes), les cicatrices, tout disparaît ! Et on récolte en prime un magistral effet lift. La bonne indication : les peaux fines et parcheminées, victimes de l'abus de soleil. Environ de 2 500€ la séance.


«Ponçage» mécanique : la microdermabrasion


Cette méthode dérivée de l'ancienne dermabrasion à la meule a traumatisé plus d'une patiente dans les eighties. Maintenant, le procédé est nettement plus doux puisqu'il pulvérise sur la peau des microcristaux d'oxyde d'aluminium, ensuite aspirés avec les cellules mortes. Le décapage est plus ou moins profond selon l'intensité et la durée de l'opération. Cela dit, pour ne pas courir le risque de cicatrices pigmentées, les médecins dépassent rarement les couches superficielles de la peau. Du coup, si l'acte reste désagréable, il n'est pas réellement douloureux. On sent que ça abrase... Très en vogue dans les années 90, la méthode est aujourd'hui surtout pratiquée aux Etats-Unis, où elle est deuxième au classement des techniques anti-âge derrière les injections de toxine botulique. «En France, les dermatologues préfèrent les peelings chimiques, mieux maî trisés et à l'action plus complète», explique le Dr Bernard Peyronnet, dermatologue esthétique.

SPORT : Look luxe et decontracté


Après avoir déferlé dans le prêt-à-porter à la fin des années 1990, l'esprit sport gagne les créateurs et les marques de luxe.


«C'est un esprit très raffiné», explique Elsa Vincent, responsable du Printemps de l'Homme, grand magasin qui en a fait l'un de ses thèmes majeurs en rayons. «Par exemple, le blouson, type bombers ou veste de jogging, est réinterprété dans des matières tout sauf techniques, dans des beaux lainages traditionnellement utilisés pour les garde-robes citadines.»

Coté bijoux, omnipresence de l'argent sterling et du cuir. Enfin, bijouterie-bijoux.org, suggère d'accessoiriser ce style largement inspiré par les modes de rues «de chaînes à larges maillons, liens de cuir et poignets de force dans un esprit biker de luxe».

Sweaters, pulls à capuche et pantalons de jogging se taillent dans des velours dans l'esprit du *****L (cinq étoiles luxe), la marque de Thierry Le Pin qui dessine des joggings confortables pour vivre dans des palaces. Ils peuvent aussi se tramer de laine et cachemire sur le modèle de Lucien Pellat-Finet. «On note aussi le retour du tricot comme finition au col des vestes ou des manteaux», complète Christelle Cagi-Nicolau, acheteuse créateurs au Bon Marché, en référence à des collections comme Issey Miyake ou Dries Van Noten. Bref, c'est l'idée de jouer la carte du confort et de l'aisance sans retenue, via les matières et les coupes.

Lancé depuis quelques saisons, ce style est commun à toute une nouvelle génération de designers – Bernhard Willhelm, Own, Benoît Missolin, Gaspard Yurkievich, Neil Barrett, Philippe Dubuc... –, qui ont grandi en baskets et cherchent aujourd'hui à proposer des alternatives au costume. Il est également repris dans les lignes plus jeunes de griffes établies comme Emporio Armani, Red Valentino, GF Ferré, CK Jeans et Hilfiger Denim en version stades de luxe. Ce vestiaire vire au blanc ou aux couleurs franches rehaussées de bandes et logos en contraste pour les très jeunes adultes.

En complément, la maille sera préférée aux chemises. «Des pulls à grosses jauges avec des détails sport à porter de manière décontractée», recommande Elsa Vincent. Côté accessoires, les sacs ont le volume et l'allure de ceux des sportifs, mais sont proposés dans des matières plus nobles comme le cuir argenté ou doré chez Helmut Lang. L'écharpe longue est également un accessoire phare pour ce thème. «Les baskets de ville en cuirs de plusieurs qualités – lisse, grainé, nubuck – et couleurs sont montées sur des semelles toujours plus light», ajoute Emmanuelle Kerdaffec, au bureau de style chaussure, maroquinerie, cuir.